Maslow et l’environnement

par Clément Hudon, Pl. Fin., FCSI, BAA, M. Sc.
Professeur en planification financière
École des sciences de l’administration
Université TÉLUQ

Maslow et l’environnement

Une bonne partie de la population a entendu parler de la « Pyramide de Maslow[1] ». Disons que sa pyramide est utilisée à toutes les sauces, alors pourquoi ne pas l’adapter à l’environnement, plus encore, à notre intérêt envers la planète.

La pyramide explique la hiérarchie des besoins de l’être humain en fonction de sa propre évolution, qu’elle soit financière ou spirituelle, à chacun de choisir.

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À la base de la pyramide, nous retrouvons les besoins physiologiques, suivis des besoins de sécurité, des besoins d’appartenance et d’amour, du besoin d’estime et finalement, du besoin d’accomplissement de soi.

Sans tomber dans la théorie, on comprendra qu’avant d’avoir pu combler les besoins physiologiques et les besoins de sécurité, il est difficile pour la très grande majorité des êtres humains de se préoccuper d’enjeux en lien avec l’environnement.

Actuellement, l’engagement envers l’environnement tient beaucoup dans les besoins d’appartenance et d’amour. C’est la mode, tout le monde en parle, tout le monde le fait, fais-le donc! Force est de constater que plusieurs le disent, mais pas tous le font, comme je l’ai déjà mentionné dans l’un de mes articles[2]. On le fait, tant qu’il ne faut pas trop changer nos habitudes.

Souvent, lorsqu’une nouvelle entreprise s’installe dans un coin de pays, on parle beaucoup plus de création d’emplois[3] que de l’historique de respect des lois sur l’environnement de cette même entreprise. Il faut bien manger les gens vous diront.

Le besoin suivant, celui d’estime, est la raison pour laquelle plusieurs personnes très engagées dans la cause de l’environnement le font. Sans nommer personne, nous n’avons qu’à regarder les médias et les experts cités tombent sans doute dans cette catégorie. Pour eux, l’environnement ce n’est pas une mode, c’est pratiquement une religion.

Finalement au firmament des besoins trône le besoin d’accomplissement de soi. Un individu comme David Suzuki[4] serait sans doute l’une des meilleures représentations. Lorsqu’on parle d’environnement, il est beaucoup plus qu’une sommité, si la catégorie précédente fait le lien avec la religion, ici, David Susuki, c’est le pape de l’environnement!

Oui, je sais. Qu’en est-il de Greta Thunberg[5]. Je vous répondrai que lorsque cette dernière aura les états de services envers l’environnement comme c’est le cas pour David Susuki; il me fera plaisir de l’ajouter dans cette catégorie.

COVID-19[6], Maslow et l’environnement

La pandémie reliée au COVID-19 nous amène à craindre que les avancées des dernières années au sujet de l’environnement soient à risque d’être anéanti. Non seulement par le fait qu’actuellement nous ne parlons que de la pandémie, mais qu’après celle-ci, viendront les impacts financiers mondiaux, désastreux pour nos réalisations.

Lorsqu’on revient aux besoins de base de l’être humain, physiologiques et de sécurité, on comprend qu’une crise financière mondiale remettra en cause la réalisation de ces besoins chez de nombreuses personnes. Ainsi, la réalisation du besoin en lien avec l’appartenance et l’amour ne sera plus une priorité donc, l’environnement écopera.

En effet, sans revenus et après avoir perdu une partie de ses épargnes, la population sera beaucoup plus sensible à la création d’emplois qu’aux enjeux environnementaux. La priorité sera au niveau des revenus d’emplois et non sur l’habitude de l’entreprise à respecter ou non les différentes lois sur l’environnement.

Une preuve qu’à la base, on se préoccupe plus de nos besoins physiologiques et de sécurité, c’est la création du « Panier bleu » par le gouvernement du Québec et l’importance de l’achat local. D’ailleurs, mon collègue, le professeur Denis Robichaud de l’Université TÉLUQ a écrit un bel article au sujet de l’achat local[7].

Cet article fut cité par plusieurs de nos concitoyens, tous convaincus que maintenant, ils allaient privilégier l’achat local et que de toute façon, si nos entreprises locales avaient des difficultés, c’était à cause des « Walmart de ce monde » et non à cause de notre tendance à en vouloir le plus possible pour notre argent. Blâmons les grandes surfaces, mais ne nous blâmons surtout pas.

Ce faisant, pour ce qui est de prioriser l’environnement, allons-nous encourager une entreprise locale respectant les critères environnementaux et punir une entreprise étrangère qui n’en respecte aucun, mais dont les prix de ces produits sont moindres que ceux offerts par cette même entreprise locale?

Avant la pandémie, plusieurs des arguments des scientifiques et des environnementalistes étaient complètement ignorés par une partie de la population, incluant des décideurs. Si la situation était telle pendant une des plus longues prospérités économiques au niveau de la planète, imaginez comment ces mêmes arguments seront reçus pendant ce qui s’annonce comme l’une des pires récessions mondiales.

Allez à l’encontre de Maslow

La seule façon de ne pas perdre les acquis qui ont été faits au cours des dernières années serait d’aller à l’encontre de Maslow, à l’encontre de nos propres besoins comme être humain. De mettre les besoins de l’être humain de demain devant les besoins de l’être humain d’aujourd’hui.

Comment aller à l’encontre de nos peurs, de nos voisins, de certains membres de notre famille et même de certains de nos collègues de travail? Par des arguments scientifiques. Cette pandémie mondiale aura au moins permis de prouver que plusieurs des arguments des scientifiques et des environnementalistes étaient fondés.

Déjà, plusieurs experts font des liens entre la pandémie COVID-19 et l’environnement. Ils prétendent que c’est le non-respect de notre planète[8] qui nous a amené cette pandémie. D’autres vous diront que c’est la mondialisation[9] alors que pour certains, c’est la consommation[10], lire le capitalisme[11]. Pour d’autres, c’est la surpopulation[12].

Ainsi, le fait d’avoir notre première pandémie mondiale de l’aire moderne a permis de démontrer que c’était non seulement possible et à moins de changer nos habitudes, il y en aura d’autres. J’ai beau dire que c’est notre première pandémie et que l’on sera meilleur pour la prochaine, l’idéal serait de ne pas avoir de prochaine!

Le défi de changer demeure, comme le mentionnent si brillamment deux collègues universitaires dans un article récemment publié[13], historiquement nous avons fait face à des pandémies, mais nous n’avons pas adopté les changements nécessaires par la suite.

Une piste de solution

Le Dr Horacio Arruda, directeur national de la Santé publique et sous-ministre adjoint à la Direction générale de la santé publique au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, nous a mis sur la bonne piste avec son épinglette aux nombreuses couleurs.

Tout comme le mentionnaient récemment Emmanuelle Létourneau et Rosalie Vendette dans un article[14], la solution débute avec cette épinglette représentant les objectifs de développement durable des Nations Unies, lesquelles proposent 17 objectifs pour sauver le monde[15].

Ces objectifs de développement durable nous donnent la marche à suivre pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous. Ils répondent aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés, notamment ceux liés à la pauvreté, aux inégalités, au climat, à la dégradation de l’environnement, à la prospérité, à la paix et à la justice.

Interconnectés pour ne laisser personne de côté, ces objectifs démontrent qu’il est important d’atteindre chacun d’entre eux, et chacune de leurs cibles, d’ici à 2030.

Si notre pays et nous-mêmes y adhérons, cela sera le début d’un changement.

 

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins

[2] https://hexagoneconseils.ca/2020/02/17/je-suis-catholique-mais-je-ne-pratique-pas/

[3] https://www.lapresse.ca/environnement/economie/201903/09/01-5217683-projet-gazier-le-saguenay-leconomie-ou-lenvironnement.php

[4] https://fr.davidsuzuki.org/la-fondation/

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Greta_Thunberg

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Pand%C3%A9mie_de_maladie_%C3%A0_coronavirus_de_2019-2020

[7] https://www.journaldequebec.com/2020/04/20/la-covid-19-la-chine-walmart-et-le-centre-dachats-des-colocs-contre-leconomie-locale?fbclid=IwAR0C75mhXcdVC1-GULEINULi2m7cW7nyVcDHyoYVlU5v_ICsuNiD00_JFTs

 

[8] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1689161/coronavirus-environnement-deforestation-animaux-biodiversite-braconage?fromApp=appInfoIos&partageApp=appInfoiOS&accesVia=partage

[9] https://www.journaldequebec.com/2020/03/31/legault-sattend-a-une-demondialisation-apres-la-crise-1

[10] https://plus.lapresse.ca/screens/13228f82-8c98-4cd7-923d-52f14c499f0c__7C___0.html?utm_medium=Email&utm_campaign=Internal+Share&utm_content=Screen

[11] https://www.lapresse.ca/arts/litterature/202003/30/01-5267194-la-pandemie-declencheur-de-lesprit.php

[12] https://www.journaldemontreal.com/2020/03/26/sept-milliards-dhumains-sur-terre-sommes-nous-trop-nombreux

[13] https://www.lapresse.ca/covid-19/202004/30/01-5271633-changerons-nous-vraiment-.php

[14] https://www.lapresse.ca/debats/opinions/202005/02/01-5271900-lepinglette-dhoracio-arruda-une-source-dinspiration-pour-les-entreprises-et-les-financiers.php

[15] https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/

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