Je suis catholique, mais je ne pratique pas…

LE DÉFI DE CHANGER NOS HABITUDES

Dans l’expression, « Je suis catholique, mais je ne pratique pas… », beaucoup de Québécois catholiques vont se reconnaître. C’est en prenant connaissance de la situation au sujet de nos programmes de recyclage que j’ai pensé à cela. En effet, être catholique c’est une chose, suivre les nombreuses « règles » c’est autre chose.

C’est comme le recyclage, oui, collectivement, on recycle, mais, on n’aime pas vraiment trier, apporter nos sacs à l’épicerie, acheter en vrac, etc. En bref, changer nos habitudes. Toutefois, à force de nous faire retourner notre « recyclage » par pleins bateaux[1], il faudra bien que l’on comprenne!

Changer ses habitudes, c’est difficile. Parlez-en aux professionnels de la gestion du changement. Il faut que les participants s’impliquent pour que cela fonctionne, car comme le disait un collègue dans une autre vie professionnelle : « On ne peut pas vouloir plus qu’eux autres! ».

Pourtant, il fut une époque, pas si lointaine, où les gens fumaient dans les endroits publics. Même dans mon propre bureau, mes clients fumeurs étaient autorisés à fumer, moi qui ne fume pas. C’était ainsi et personne n’osait questionner cela jusqu’au moment où une loi l’interdît[2].

Initialement décriée, aujourd’hui, la pertinence de cette loi n’est plus remise en question. Depuis la mise en place de cette loi, lorsque je croise un fumeur, je le sens, car mon odorat est de retour. Si mon manteau est rangé dans un endroit trop près du manteau d’un fumeur, je le sais aussi. Nous étions tellement habitués à la fumée du tabac que nous ne savions pas ce que cela représentait comme impact sur notre bien-être et surtout, notre santé (fumée secondaire[3]).

DES SOLUTIONS TROP SIMPLISTES OU ENCORE, TROP DRASTIQUES?

Au cours des nombreux débats entourant l’environnement, la consommation, principalement, la croissance de celle-ci a été identifiée comme la principale responsable des changements climatiques. Les propositions pour diminuer la consommation vont des plus draconiennes (diminuer la population[4]), aux plus rêveuses (demander aux gens de moins consommer[5]).

Je n’ouvrirai pas le débat sur l’option de diminuer la population mondiale par une régulation des naissances, dans le but de baisser la consommation, car il s’agit d’une solution extrêmement controversée, laquelle ouvre des discussions sur plusieurs points de vue touchant la religion, le poids des nations dans le monde, le pouvoir économique de certains groupes et j’en passe.

Pour ce qui est de diminuer notre consommation[6], c’est quelque chose de cocasse, je l’avoue. Je m’explique. Disons que sur une échelle de 1 à 10, ma consommation individuelle comme Nord-Américain est de 8. Maintenant, prenons une personne vivant en Inde ou en Chine, laquelle consomme 3. À titre d’exemple, on demande à tous de réduire notre consommation de 2, moi je dois respecter 6 et notre personne vivant en Inde ou en Chine, 1.

Que pensez-vous que cette personne va faire? Alors que le niveau de vie des Indiens et des Chinois s’améliore de plus en plus, on va leur dire de retourner à 1 ? Je ne crois pas qu’ils vont être d’accord.

Il serait donc plus équitable si moi, je devais baisser ma consommation de 4, afin d’obtenir 4 et de permettre à notre personne vivant en Inde ou en Chine de progresser jusqu’à 4. Je vais donc baisser mon niveau de vie (ma consommation) afin de faire ma part au niveau mondial? Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je vais avoir de la difficulté à atteindre cet objectif.

Pour le besoin de cet article, disons que vous et moi, pouvons le faire. Qu’arrivera-t-il aux entreprises qui produisent ce que je consomme si je baisse ma consommation de 8 à 4, soit, de 50% ? Qu’arrivera-t-il aux travailleurs qui y sont employés?

DE L’INFORMATION POUR AMENER LE CHANGEMENT

Pouvons-nous imaginer que dans 20 ans, nous nous demanderons comment on pouvait penser que de tout mettre nos déchets dans un bac bleu les transformerait en recyclage, par magie? Exactement comme c’est le cas avec la loi sur le tabac.

Possiblement, mais seulement si l’information au sujet du recyclage est mieux transmise à nos concitoyens et que les entreprises sont aidées de la même façon que nos gouvernements ont aidé les fumeurs, en votant des lois.

Il y a tellement d’information sur le recyclage et la bonne façon de le faire, qu’une chatte en perdrait ses chats. Il fut un temps où on n’osait pas dire aux gens de ne pas tout jeter dans le bac bleu, ce qui était recyclable et ce qui ne l’était pas. À ce moment, on se disait qu’un jour, on pourrait tout recycler et ainsi, les gens auraient l’habitude déjà acquise de tout recycler.

Malheureusement, ce jour n’est pas encore là et on dépose dans notre bac bleu des objets contaminés par les aliments ou non, les bons ou mauvais types de plastique, le papier journal par rapport au papier pour écrire, les boîtes de pizza avec quelques pointes, etc.

Et pourtant. Dans son livre « Le comportement écologique du consommateur : Modélisation des relations et déterminants[7] », le professeur Imed ZAIEM a démontré qu’une personne bien informée adoptera un comportement écologique, il explique : « À partir de nos résultats, nous avons pu confirmer nos hypothèses et prouver l’existence d’un lien significatif, positif et fort entre la connaissance de l’environnement, la sensibilité et le comportement écologique. »

 DES LOIS POUR FORCER LE CHANGEMENT

Il serait pourtant facile de mettre en place de nouvelles lois afin de ne permettre que l’utilisation d’un seul type de plastique, celui qui est recyclable. Les gens n’auraient plus à se questionner. Malgré le fait que le Canada vient d’adopter une mesure qui interdira les plastiques à usage unique dès 2021[8], cela sera seulement en 2040 pour la France[9]. Pour que cela fonctionne, il faudrait vraiment tous s’y mettre maintenant.

Le papier, propre, pourrait être acheté par des centres de recyclage. Si une partie des gens se font rembourser leurs consignes pour les bouteilles, ils feront de même pour avoir la valeur de leur papier. À défaut, quelqu’un se chargera de le faire pour eux et empochera la valeur de ce papier comme rémunération pour son geste.

Il y a aussi, l’obsolescence programmée[10]. Cela vous dit quelque chose? Ici, je ne parle pas seulement des téléphones intelligents[11], vous pouvez ajouter les machines à laver, les réfrigérateurs et même nos voitures. Tous ces produits finissent au dépotoir (recyclage ou pas) beaucoup plus vite qu’ils ne le devraient. Pourquoi? Il n’existe pas ou à peu près pas de lois pour contrer cela, c’est-à-dire, pour obliger les entreprises à produire des biens durables, dans le vrai sens du terme.

Ironiquement, il y a les produits qui sont bons pour l’environnement, mais, on devrait dire meilleur. L’automobile électrique est un bon exemple. Pour la consommation d’essence, il y a effectivement réduction, mais pour tout ce qui compose sa fabrication, qu’elle soit électrique ou non, ce n’est pas l’idéal pour l’environnement. Je me permettrai de ne pas mentionner l’amour des Québécois pour les VUS[12], c’est un autre débat.

Pierre-Yves McSween, dans son bouquin « En as-tu vraiment besoin ?[13] » nous encourage à nous questionner pour des motifs financiers lorsque vient le temps de faire un achat. Il faudrait sans doute que Greta Thunberg[14] en écrive un aussi avec la même question, mais pour des raisons environnementales. La réponse ne serait sans doute pas la même.

Un autre changement nécessaire, et j’ai déjà écrit à ce sujet[15], passe par l’implantation de normes internationales (ex. ISO26000[16]) afin d’obliger les entreprises à respecter des normes précises et vérifiables. Avec cette reconnaissance, les gens achèteraient les produits et services d’entreprises homologuées en ce sens et bouderaient celles qui ne le sont pas.

Côté financier, les institutions financières s’impliqueraient auprès des entreprises homologuées, aux tarifs réguliers, mais la situation ne serait pas la même pour les autres qui verraient leurs taux augmenter. Idem pour les fonds d’investissement, les caisses de retraite et les investisseurs. On investit dans les entreprises homologuées et on ignore les autres. Au pire, il y aura des fonds spécialisés dans les entreprises non homologuées pour ceux dont ce facteur ne compte pas.

De plus, les gouvernements pourraient encourager les entreprises homologuées via des crédits d’impôt et pénaliser les entreprises étrangères qui ne sont pas homologuées par des tarifs douaniers au moment de l’importation de leurs produits.

À VOS LOBBYISTES, PRÊTS ? PARTEZ !

Finalement, si on écarte la baisse de consommation individuelle et la baisse de la population mondiale, il n’y a qu’une solution possible, c’est de consommer de façon « responsable ». Pour le vrai, pas comme on le fait depuis plus de 10 ans en enfouissant notre recyclage ou pire, en l’exportant vers l’étranger.

Si nous souhaitons vraiment mettre en place des changements donnant des résultats, tout passe par une législation plus corsée et une volonté de changer nos propres comportements. Sans ces changements, on aura beau manifester et dire que Greta Thunberg est extraordinaire, rien de majeur ne changera.

Cependant, mettre en place des lois qui dérangent énormément les entreprises et les pays ne sera pas facile. À ce sujet, je vous invite de nouveau à lire mon article sur le sujet, le même que j’ai déjà mentionné. Il traite aussi des agendas cachés de certains pays lors de la mise en place de la norme ISO26000, ce qui est très bien expliqué par Coline Ruwet[17].

Ironiquement, ceci est toujours aussi vrai aujourd’hui lorsque vient le temps de voter des lois. Lorsqu’on regarde les textes, il manque souvent de mordant pour les pays ne respectant pas ces mêmes lois. Vous constaterez que certains pays ont des lobbyistes très efficaces. Il faudra donc trouver des lobbyistes pour cette cause, car les adversaires en ont de très bons.

CRI DU CŒUR DE NOTRE JEUNESSE, IL FAUDRA BIEN SE DONNER LA PEINE D’ÉCOUTER

J’ai eu l’occasion de lire le court texte de Jacob Desnoyers Lalonde, un adolescent de 16 ans, intitulé « Les nombrils du monde[18] », un cri du cœur comme celui de Greta Thunberg et des autres de cette génération qui nous lancent des « OK Boomers![19] ».

Quoi qu’en disent les « climatosceptiques » de ce monde, cette génération a bien raison d’être inquiète. Au-delà de ce que nous disent les scientifiques depuis de nombreuses années, ils sont aussi inquiets que nous n’ayons pas encore mis en place des mesures sérieuses pour faire le virage tant nécessaire que celui qui se présente devant nous.

Tôt ou tard, nous devrons leur répondre par des actions et des gestes significatifs. En 2040, il sera peut-être trop tard…

 

 

 

[1] http://plus.lapresse.ca/screens/add7a1e7-7bd6-40d4-ab0b-b89e27988b83__7C___0.html?utm_medium=Email&utm_campaign=Internal+Share&utm_content=Screen

[2] https://www.educaloi.qc.ca/capsules/la-cigarette-au-quebec-droits-et-restrictions

[3] https://www.quebec.ca/sante/conseils-et-prevention/saines-habitudes-de-vie/mode-de-vie-sans-tabac/tabagisme-et-fumee-secondaire-effets-sur-la-sante/

[4] https://up-magazine.info/index.php/decryptages/analyses/8756-s-abstenir-de-faire-des-enfants-pour-sauver-la-planete-est-ce-une-si-bonne-idee/

[5] https://lactualite.com/societe/limiter-la-consommation-pour-contenir-le-rechauffement-climatique-suggere-une-experte/

[6] https://lactualite.com/societe/decroissance

[7] https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2005-4-page-75.htm

[8] https://www.lesoleil.com/affaires/le-gouvernement-federal-veut-interdire-les-articles-en-plastique-a-usage-unique-dici-2021-1e93caf62010e4df85822bc32e3df0d9

[9] https://www.europeanscientist.com/fr/environnement/la-france-sonne-le-glas-des-emballages-plastique-a-usage-unique-en-2040/

[10] https://fr.wikipedia.org/wiki/Obsolescence_programm%C3%A9e

[11] https://www.infopresse.com/article/2019/10/21/quel-suivi-quant-a-l-obsolescence-programmee

[12] https://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/transport/urgence-climatique-les-quebecois-achetent-des-vus-en-masse/615266

[13] https://www.archambault.ca/livres/en-as-tu-vraiment-besoin-n-%C3%A9d/mcsween-pierre-yves/9782897585884/?id=2590365&cat=1891707&gclid=Cj0KCQiAsbrxBRDpARIsAAnnz_PR-8LKAP80yZpoV_4gYapltu8xOL8VG_iKJWA8wC9dx32-F64GSbwaAnPYEALw_wcB

[14] https://fr.wikipedia.org/wiki/Greta_Thunberg

[15] https://hexagoneconseils.ca/2019/10/15/ma-recherche-sur-linvestissement-socialement-responsable-isr-mes-premiers-constats/

[16] https://www.iso.org/fr/iso-26000-social-responsibility.html

[17] https://www.cairn.info/publications-de-Ruwet-Coline–51414.htm

[18] https://chenebleuca.wordpress.com/2020/01/30/les-nombrils-du-monde/

[19] https://fr.wikipedia.org/wiki/OK_Boomer

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