Ma recherche sur l’investissement socialement responsable (ISR) : Mes premiers constats

INTRODUCTION

Il y a plusieurs mois, j’ai mentionné que je débutais une recherche sur les fonds socialement responsables. Récemment, en discutant avec des collègues et amis, j’ai compris que plusieurs se questionnaient sur le fruit de mes recherches.

Ma recherche sur l’investissement socialement responsable (ISR) en tant que telle est loin d’être terminée, mais j’ai pensé vous partager mes premiers constats en guise d’article mensuel.

MA RECHERCHE

Un résumé de mon projet de recherche est disponible ici[1] :

Dans un premier temps, j’ai fait la demande d’obtention des investissements au sein de fonds communs de placement (ISR et traditionnel) auprès d’une grande institution financière canadienne.

Une fois obtenue la liste des fonds communs de placement offerts aux clients de cette institution financière canadienne, j’ai examiné les titres détenus par chacun de ces mêmes fonds.

L’idée étant de faire le tour des différents titres détenus en fonction de la mission environnement, éthique ou autres de certains fonds, vis-à-vis les fonds qui ne partageaient pas cette mission.

Afin d’y voir plus clair, j’ai déterminé 10 catégories qui pourraient m’aider à mieux comprendre les types d’investissements effectués dans les fonds communs de placement offerts aux Canadiens.

À titre d’exemple, les catégories choisies sont :

Tableau

J’ai donc commencé à catégoriser chacun des titres des entreprises détenus dans chacun des portefeuilles afin de mieux comprendre dans lesquelles elles évoluaient.

CONSTATS

Mon premier constat fût que les possibilités d’investissement dans des titres canadiens n’étant pas liés au secteur des ressources naturelles comme le pétrole, les mines et les produits chimiques, étaient limitées, c’est le moins que je peux dire.

Tout en catégorisant les différentes entreprises, j’ai fait un deuxième constat, lequel m’a amené à réfléchir et à me poser la question suivante : est-ce que cette entreprise est vraiment dans cette catégorie « x » ou devrait-elle être dans cette autre catégorie « y » lorsqu’on considère les clients qu’elle dessert?

COUPABLES PAR ASSOCIATIONS?

Prenons un exemple : Tout le monde s’entend sur ce qu’est un « vendeur de drogues », dans le sens de la cocaïne, mais est-ce que le producteur est moins coupable que le vendeur, que le distributeur ou même le financier?

En effet, si je produis la plante nécessaire à la production de cocaïne, j’ai besoin de financement pour débuter ma production. J’ai besoin de travailleurs pour les champs, d’outils pour ceux-ci, de produits chimiques pour ma récolte, etc.

Par la suite, je dois amener ma production de cocaïne à mes clients. J’ai besoin de transport, de distributeurs, de facilitateurs (ceux qui ferment leurs yeux, mais ouvrent leurs poches), des vendeurs, des collecteurs pour les récalcitrants, etc.

La majorité des gens vous diront que tous les intervenants ci-haut mentionnés sont « complices » de trafic de drogue, ce qui inclut le volet blanchiment des produits de cette criminalité (lavage d’argent) pour récupérer les fruits de mon travail de producteur de cocaïne.

Ainsi, si je prends mon exemple de narcotrafiquants et que je le transporte dans un domaine tout à fait légal, mais « socialement répréhensible » comme le tabac (marché de la cigarette). Sans vouloir « casser du sucre » sur le dos de l’industrie du tabac, j’avoue qu’on pourrait aussi considérer le cannabis et/ou même l’alcool, mais puisque même l’industrie du sucre n’a pas bonne presse en ce moment évitons de casser quoi que ce soit sur le dos de qui que ce soit!

En bref, c’est essentiellement la même problématique que pour la cocaïne. Quoiqu’il soit facile d’identifier, lire cibler, les producteurs ou les vendeurs de tabac, de cigarettes ou d’autres produits légaux, mais d’acceptation sociale difficile, qu’en est-il de leurs financiers, fournisseurs, transport, main-d’œuvre, etc.?

LA VERTU TEINTÉE?

Si l’on revient à ma liste des 10 catégories, le producteur (RESSOURCES NATURELLES), le financier (FINANCES), le fournisseur d’outils (PRODUCTION & VENTES), le fournisseur des produits chimiques (RESSOURCES NATURELLES), les vendeurs (PRODUCTION & VENTES) et même le transport (TRANSPORT), seraient toutes des entreprises dans lesquelles je ne pourrais investir « socialement ».

Certains diront que selon le pourcentage du volume d’affaires d’un fournisseur avec un client « inacceptable » on pourrait fermer ou non les yeux, mais qui décide du pourcentage acceptable socialement? Qui le valide? Si on y va en fonction de l’effort, qui le mesure? Qui le décide?

C’est cette réalité qui a amené certains membres de l’industrie de fonds communs de placement à mettre en place des balises qui permettent aux entreprises de secteurs inacceptables socialement d’affirmer faire les efforts pour s’améliorer, mais les efforts aux yeux de qui et quels efforts réels?

Est-ce que chaque institution financière, chaque gestionnaire de fonds commun de placement dans chaque pays va faire ses propres règles? Indépendamment du sérieux de ces règles, comment les comparer les unes aux autres?

Étant donné ce que je viens de mentionner, il devient difficile de bien comptabiliser ce qui est et n’est pas un « investissement socialement responsable » dans chaque fonds commun de placement sans connaître la composition du volume d’affaires de chaque entreprise et sans s’entendre sur le fameux pourcentage acceptable.

Il devient trop facile d’éliminer une catégorie comme RESSOURCES NATURELLES et de conserver une comme FINANCES ou même INFORMATIQUE.

Est-ce qu’une entreprise impliquée dans les RESSOURCES NATURELLES ne serait pas automatiquement rejetée alors que ce qu’elle fait est tout à fait socialement acceptable?

N’oublions pas son contraire. Une entreprise en INFORMATIQUE qui n’a qu’un seul client de la catégorie RESSOURCES NATURELLES serait acceptée, car catégorisée de façon socialement responsable?

J’AVAIS PENSÉ À UNE SOLUTION ORIGINALE, MAIS ELLE EXISTE DÉJÀ… EN FAIT, PAS VRAIMENT!

Afin de régler cette situation, je me suis dit qu’une solution fort simple à cette problématique et, encore une fois, il ne s’agit pas de réinventer la roue, serait d’avoir une norme internationale en ce sens. En effet, la plupart d’entre nous avons entendu parler des normes ISO (International Organization for Standardization[2]) ou en français, « Organisation internationale de normalisation » pour ce qui est des standards de qualité (ex. ISO 9000, ISO 9001, etc.).

En fonction de normes acceptées mondialement sur ce qu’est l’investissement socialement responsable, comme celles des Nations-Unies par exemple, nous pourrions certifier les entreprises en fonction d’une norme ISO-ISR (Organisation internationale de normalisation – Investissement socialement responsable).

Cette norme ISO-ISR pourrait être déclinée en fonction des différentes catégories possibles, qu’elles soient socialement responsables ou non. Par la suite, une sous norme pourrait permettre aux entreprises faisant des efforts démontrables qu’elles se qualifient dans la sous-catégorie en question. Le tout serait validé et contrôlé comme le sont les normes ISO reconnues mondialement.

Simple n’est-ce pas ? Ça pourrait l’être! La norme ISO 26000[3] existe déjà et elle couvre une partie des points que j’ai soulevé. Cette norme est en vigueur depuis 2010 (Initiée en 2001). Le problème? Vous la connaissez cette norme? Vous avez déjà fait vos achats en fonction de cette norme? Vous l’avez vu afficher sur un bâtiment d’entreprise quelconque?

Dans les faits, les raisons pour lesquelles cette norme est « sans dents » sont expliquées par Coline Ruwet dans « La RSE négociée : règles du jeu et contenus – Le cas d’ISO 26000[4] » où l’auteur conclut qu’« Aucune mesure ne fut en effet véritablement mise en place pour que les nouveaux droits formels reconnus à certaines catégories d’acteurs se traduisent en une influence réelle. ». En bref, il s’agit d’une norme « volontaire » afin d’encourager les entreprises à y adhérer.

AVOIR UN LEVIER POUR FORCER DE VRAIS CHANGEMENTS

Actuellement, plusieurs investisseurs se fient à la documentation « marketing » pour bien dormir face à leurs investissements socialement responsables et déchantent lorsqu’ils apprennent qu’une entreprise controversée fait partie de leurs investissements, à l’intérieur de leurs fonds communs de placement socialement responsables (ex. une pétrolière).

Avec une norme reconnue, ces mêmes investisseurs pourraient remplir un questionnaire pour déterminer leurs taux de tolérance à ce qui est et n’est pas socialement responsable en fonction de leurs propres valeurs. Ils pourraient choisir que seules les entreprises socialement responsables fassent partie de leurs portefeuilles ou, ils pourraient accepter que celles qui font des efforts démontrés en fassent aussi partie.

Pour les entreprises n’ayant pas une certification positive, des taxes à l’importation pourraient être prélevées, taxes qui contribueraient à un fonds dans le but d’aider les entreprises souhaitant améliorer leur certification. Lors d’une demande de financement, une bonne certification permettrait l’obtention d’un taux d’intérêt plus avantageux. Des crédits d’impôt pourraient même être octroyés à celles dont la certification est aussi positive.

Finalement, nous tous, en tant que consommateurs, pourrions pénaliser les entreprises fautives et encourager celles qui répondent aux certifications positives. Cela s’applique aux consommateurs canadiens, mais aussi à tous les consommateurs de la planète.

De cette façon, nous pourrions standardiser ce qu’est l’effort acceptable ou souhaitable et avoir un impact sur le comportement des entreprises fautives puisque l’obtention d’une certification pour cette norme aurait des impacts sur leur coût de financement, sur leurs ventes, sur leurs actions en bourse et, cela va de soi, sur leur image au niveau des consommateurs.

CONCLUSION

J’aimerais faire un lien avec le documentaire « American Factory : Un milliardaire chinois en Ohio » actuellement disponible sur Netflix. On y explique les dessous de l’implantation d’une usine de l’entreprise « Fuyao Glass Industry Group » aux États-Unis (Ohio).

Au-delà du choc culturel, on y apprend que les façons de faire au niveau du respect des employés et de l’environnement peuvent être très différentes d’un pays à l’autre. Au point où, après avoir visionné le documentaire, on pourrait prendre la décision de ne pas faire de commerce avec cette entreprise.

Le mois dernier, j’ai fait remplacer mon pare-brise et lorsque je me suis rappelé le documentaire, j’ai vérifié le nom du fabricant, ce n’est pas celui du documentaire, mais son « chairman » est propriétaire d’un très important bloc d’actions de l’entreprise en question. Comme dans cet article, coupable par association?

Ainsi, j’ai indirectement encouragé une entreprise avec laquelle je ne souhaitais pas faire de commerce, car il n’y a pas d’étiquette comme un ISO-ISR pour nous permettre de nous y retrouver facilement.

Cela demande une bonne réflexion alors que nous sommes tous prêts à aller manifester dans la rue et que le vrai pouvoir pour changer les choses, il est dans notre portefeuille!

Qu’en pensez-vous ?

Une norme reconnue mondialement pour vos investissements et vos achats, cela vous dirait?

 

 

 

[1] https://hexagoneconseils.ca/2018/10/08/mon-projet-de-recherche-universitaire/

[2] https://www.iso.org/fr/home.html

[3]http://www.oree.org/_script/ntsp-document-file_download.php?document_id=884&document_file_id=885

[4] https://www.cairn.info/publications-de-Ruwet-Coline–51414.htm De Boeck Supérieur, « Négociations », 2012/2 n° 18, pages 93 à 108

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