Environnement: La peur ne vend rien

par Clément Hudon, Pl. Fin., FCSI, BAA, M. Sc.
Professeur en planification financière
École des sciences de l’administration
Université TÉLUQ

Le titre de mon article m’est venu lorsque j’ai lu ce titre sur le site de la BBC[1] « JP Morgan economists warn of ‘catastrophic’ climate change » (traduction libre : Les économistes de JP Morgan annoncent des changements climatiques catastrophiques).

Lorsque j’ai lu ce titre et l’article, je me suis rappelé l’un des commentaires reçus à la suite de la parution de l’un de mes articles. Une lectrice mentionnait qu’elle avait apprécié mon texte et surtout que mon « argumentaire est facile à lire et donc incite à poursuivre la lecture jusqu’à la dernière ligne » et c’est le problème avec les articles comme celui que je viens de citer.

La majorité des gens ne liront pas ce genre d’article annonçant une catastrophe, une de plus qu’ils diront. Ils ne liront pas non plus un texte bourré de statistiques d’experts qui se comprennent entre eux, mais qui oublie que si le « commun des mortels » ne participe pas aux solutions proposées, rien ne changera.

Évidemment, nous devrions aussi avoir aussi un peu plus de cohérence dans ce que nous publions. À titre d’exemple on nous dit que la voiture électrique est l’avenir et pourtant, on nous informe que « La voiture la plus verte n’est pas toujours celle qu’on pense[2] ». Comme message contradictoire, c’est difficile de faire mieux!

Sans vouloir en rajouter, dans son article « La surenchère climatique[3] », mon collègue de l’UQAM nous rappelle que le Québec est responsable de 0,18 % des émissions mondiales. La population pourrait simplement croire qu’indépendamment de l’importance des changements qu’ils adopteront, leurs impacts sur la planète seront sans conséquence.

Le dictionnaire nous informe que « vulgariser » c’est « Rendre des connaissances accessibles au grand public en simplifiant leur présentation, populariser.[4] » et comme je le mentionne à mes étudiants, c’est la qualité la plus importante chez un planificateur financier. Je leur explique qu’ils auront beau présenter à leurs clients le meilleur rapport de planification financière au monde, si ces clients ne suivent pas vos explications, ils n’adhéreront pas aux recommandations du rapport et ainsi, vous et eux, aurez perdu votre temps.

Malgré cela, les articles publiés nous informent grandement sur les causes des changements climatiques, pour ceux qui prennent le temps de les lire. Ils ne sont donc pas inutiles, bien au contraire. Ma collègue de l’Université de Toronto explique très bien « On sait maintenant pourquoi l’Arctique se réchauffe à une vitesse record[5] ». Ce n’est pas rassurant, mais ce sont des faits et en comprenant mieux pourquoi, on comprend comment. C’est comme l’histoire. On l’étudie en espérant ne pas la répéter.

Dans mon article de février « Recyclage: je suis catholique, mais je ne pratique pas[6] », je faisais des liens avec l’interdiction de fumer dans les endroits publics. Comme nous le savons maintenant, l’industrie du tabac nous a caché beaucoup de choses sur les méfaits de leurs produits. Grâce aux articles publiés, on apprend aussi que « Shell et KLM accusées d’avoir soutenu financièrement un climatosceptique[7] », sommes-nous vraiment surpris?

Il serait donc plus que temps que nos gouvernements, en plus de mettre en place et d’adhérer à des normes internationales pour l’environnement, s’assure que la population soit bien informée, dans un dialogue non alarmiste, sans statistiques à n’en plus finir et surtout sans scénario de la fin du monde si on ne change pas nos comportements demain.

Toutefois, il ne faut pas être naïf. Confier à nos gouvernements le soin de mettre en place des normes pour protéger l’environnement des entreprises sans valeurs sociales sera difficile comme je l’ai déjà mentionné dans mon article « Ma recherche sur l’investissement socialement responsable (ISR) : Mes premiers constats[8] ». Encore récemment, pour ce qui est de la difficulté de mettre en place de nouvelles normes au sujet des pesticides, je vous réfère à cet article « Pesticides: tout ça pour ça[9] », il s’agit donc d’un immense défi!

Au-delà des enjeux, si la population n’embarque pas dans les changements à venir, car elle juge que l’objectif est inatteignable, nous allons directement vers un mur (un exemple très concret). Il nous appartient de changer le ton des discours vers une forme plus constructive avec des solutions réalistes, pragmatiques et surtout, atteignables.

Néanmoins, je dois avouer que plusieurs messages positifs existent et que même « Ti-Mé Paré (Popa de la petite vie) » y participe via un guide pratique « Petit guide pour un Québec sans gaspillage[10] ». Il y a aussi l’excellent documentaire « Le Québec peut-il croître comme nation, tout en décroissant?[11] « , diffusé par Télé-Québec.

À défaut d’améliorer notre discours, la population va simplement se boucher les oreilles et ne plus écouter ceux qui sont alarmistes, malgré les faits qui y seront exposés. Pourtant, nous avons raison d’être inquiets face aux nombreux impacts qui découlent des changements climatiques.

L’important comme citoyen est d’accepter que les choses ne puissent rester comme elles le sont actuellement et que de vrais changements sont nécessaires. Le recyclage, le compostage et le transport collectif sont de solutions intéressantes, mais il nous faudra changer beaucoup plus que cela.

Étant de l’école de pensée que l’argent change les comportements des gens, dans le prix des biens et services ou dans les amendes salées qu’une personne peut recevoir, c’est l’endroit où il faut débuter. Le prix des biens et services que nous consommons devrait refléter leur coût sur l’environnement.

À titre d’exemple. Un bien produit à l’étranger ne peut tout simplement pas avoir un coût environnemental identique au même bien produit localement. Sans même discuter du volet du respect des normes environnementales à l’étranger, le transport de ce bien à lui seul pour l’amener à votre porte (via Amazon ou non) doit se refléter dans son prix d’achat. C’est la seule façon que nous pourrons être conscientisés de l’impact sur l’environnement de nos achats.

Certains diront que les moins nantis seront plus touchés par cette façon de faire et c’est vrai. En revanche, la fiscalité peut permettre au gouvernement d’encourager des actions positives sur l’environnement grâce aux crédits d’impôt. Cependant, une chose demeure, nous serons tous touchés par les changements nécessaires.

Posez-vous la question suivante. Préférez-vous être touché dans votre portefeuille maintenant ou hypothéquer le futur de vos enfants et petits-enfants? Vous remarquerez que le choix du mot « hypothéquer » n’est pas le fruit hasard. Je l’ai choisi, car il reflète la situation actuelle. Nous vivons à crédit sur le dos de l’environnement et les prochaines générations devront en assumer les conséquences.

Personnellement, j’aime mieux payer maintenant que de refiler la facture à mes enfants. Et vous?

 

 

[1] https://www.bbc.com/news/business-51581098

[2] https://www.lapresse.ca/debats/opinions/202002/23/01-5262121-la-voiture-la-plus-verte-nest-pas-toujours-celle-quon-pense.php

[3] https://www.journaldemontreal.com/2020/02/24/la-surenchere-climatique

[4] Source : Antidote 10, version 3

[5] https://www.lesoleil.com/actualite/science/on-sait-maintenant-pourquoi-larctique-se-rechauffe-a-une-vitesse-record-f22a903593908bb691472e7f094b0c91

[6] https://www.lapresse.ca/debats/opinions/202002/18/01-5261470-recyclage-je-suis-catholique-mais-je-ne-pratique-pas.php

[7] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1535899/pays-bas-shell-klm-climat?fromApp=appInfoIos&partageApp=appInfoiOS&accesVia=partage

[8] https://hexagoneconseils.ca/2019/10/15/ma-recherche-sur-linvestissement-socialement-responsable-isr-mes-premiers-constats/

[9] https://www.lapresse.ca/actualites/202002/19/01-5261653-pesticides-tout-ca-pour-ca.php

[10] https://www.lapresse.ca/xtra/style-de-vie/202002/21/01-5261872-petit-guide-pour-un-quebec-sans-gaspillage.php

[11] https://www.telequebec.tv/documentaire/prets-pour-la-decroissance/?utm_source=LaPresse&utm_medium=Display&utm_content=300x600_docus_12_fev_decroissance&utm_campaign=CSPQ%7CTQ%7CAutomne%7C5005-IP-1001&utm_source=267706255_5017268&utm_medium=display&utm_content=128542038&utm_campaign=tqc_automne_2019

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